Dimanche 29 mars, je prenais le départ du Trail des Tranchées à Verdun.
Un trail pas comme les autres. Ici, on ne court pas seulement pour la performance. On court dans un lieu chargé d’histoire, où chaque foulée témoigne d’un lourd passé.
UN DÉPART DANS UNE ATMOSPHÈRE PARTICULIÈRE
5h30, le réveil sonne. Le levé est difficile avec le passage à l’heure d’été. Toutefois, l’envie est là.
À mesure que l’on se rapproche de la zone de départ, l’ambiance change. Elle devient plus pesante, plus silencieuse, presque solennelle.
L’ossuaire de Douaumont se dresse face à nous. Autour, des centaines, des milliers de croix blanches. Difficile de rester insensible et de ne pas penser à ce qui s’est joué ici, un peu plus d’un siècle auparavant.
Le speaker lance les derniers mots. Puis le départ est donné.
UNE COURSE TROMPEUSE
Comme souvent, les premiers kilomètres partent très vite. Trop vite pour moi. Mais cette fois, pas question de se laisser emporter. Les deux premières courses de la saison ont permis certains enseignements. Aujourd’hui, je choisis la gestion.
Sur le papier, le profil semble abordable : 55 km pour 1425 m de dénivelé positif. Dans les faits, c’est une toute autre histoire.
Le terrain porte encore les stigmates des bombardements. La nature a repris ses droits, mais la topographie, elle, reste marquée. Le parcours est une succession de bosses, de creux, de relances permanentes. Impossible de dérouler et de réellement récupérer. Chaque montée casse le rythme. Chaque descente impose de rester lucide. Chaque relance entame un peu plus les réserves.
COURIR... ET SE SOUVENIR
Très vite, le regard se détache de l’effort pour se poser sur ce qui entoure.
Une tranchée.
Un fort.
Une poudrière.
La tranchée des baïonnettes.
Autant de vestiges qui rappellent que ce terrain n’a pas toujours été un terrain de jeu.
L’esprit s’évade. Il imagine, il reconstruit, il tente de comprendre.
Et dans ces moments-là, la course prend une autre dimension. On ne court plus seulement contre soi-même. On court avec une forme de respect, presque de retenue.
On se sent chanceux. Reconnaissant. Et profondément humble.
Alors une idée s’impose, naturellement : abandonner n’est pas une option.

LE MOMENT DE BASCULE
Pourtant, à partir du 32e kilomètre, la course change de visage.
Les relances accumulées commencent à peser. Les quadriceps répondent encore, mais les mollets se raidissent. Les premières alertes apparaissent.
Comme si cela ne suffisait pas, la jonction avec les coureurs du 32 km vient perturber le rythme. Les écarts se réduisent, les trajectoires se compliquent, l’effort devient plus irrégulier et les dernières cartouches sont utilisées pour doubler.
Au 45e kilomètre, j’arrive au dernier ravitaillement entamé, fatigué, vidé même.
Je prends le temps de m’arrêter, de recharger, et de respirer. Un instant décisif pour pouvoir repartir. Mais les sensations ne reviennent pas immédiatement.
SE RACCROCHER À QUELQUE CHOSE
La suite est plus dure.
Les jambes ralentissent et les portions boueuses n’aident pas. Le mental vacille légèrement. Dans cette situation, il faut se raccrocher à quelque chose.
Une rencontre avec un coureur du 55 km me redonne un peu d’énergie, une étincelle rapidement éteinte après une glissade qui nous séparera.
Puis viennent les dépassements : un coureur, puis deux, puis trois. Et là, quelque chose se passe.
L’orgueil, peut-être. Ou simplement le refus de subir.
Un second souffle apparaît.
FINIR QUOI QU'IL EN COÛTE
Les derniers kilomètres nous rapprochent de Verdun. Le terrain devient plus roulant. C’est le moment de tout donner.
Les foulées s’allongent malgré la fatigue. Le regard se fixe sur l’objectif. Il ne reste plus grand-chose dans les jambes, mais suffisamment pour aller au bout.
Arrivent les marches du monument de la victoire. 73 marches. Elles sont montées deux par deux, dans un dernier effort.
Puis la ligne d’arrivée. Franchie avec soulagement, mais aussi avec une certaine émotion, accueilli par des bénévoles en tenue de poilus. Une image forte. Une de plus.
L'APRÈS-COURSE
Une fois la ligne passée, je reste quelques instants pour voir arriver d’autres coureurs, ceux avec qui j’ai partagé des portions de course.
Puis je retrouve mes proches, finishers du 32 km. On échange, on refait la course, on compare les sensations. Et comme souvent, tout se termine autour d’un moment simple, partagé.
Résultat… et prise de recul. La distance est bouclée en 5h21 avec une 15e place décrochée sur 439 participants. Un résultat plus qu'honorable compte tenu des sensations du jour. Mais au fond, ce n’est pas ce qui restera.
Ce trail m’a rappelé autre chose. Quelque chose de plus essentiel.
La chance de courir librement, de vivre en paix et de pouvoir transformer un ancien champ de bataille en terrain de sport et de partage.

UNE EXPÉRIENCE À PART
Le Trail des Tranchées n’est pas une course comme les autres. Il oblige à lever la tête, à regarder autour et à ressentir.
Il mêle effort physique et mémoire collective.
Peut-être aurait-il mérité un moment de recueillement avant le départ.
Peut-être que le nombre de participants est trop conséquent pour permettre des échanges avec les bénévoles.
Mais l’essentiel est ailleurs. Dans ce que l’on ressent et dans ce que l’on retient.
ET MAINTENANT ?
Cette course marque une étape importante dans la saison. Elle confirme certaines choses et en révèle d’autres.
Le travail, lui, continue, avec en ligne de mire, les prochaines échéances.
Mais avant ça : récupérer, assimiler… et repartir.
Article écrit par Adrien
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