Le premier podium !


Le 1er juin dernier se tenait le Trail des 3 Rivières, un parcours de 60 km et 1 800 m de dénivelé positif (D+), empruntant les sentiers boisés et vallonnés de la Côte-d'Or. Une aventure forte en rebondissement qui n'était pourtant pas prévue à l'origine.

UNE COURSE POUR SE RASSURER

Le Trail des 3 Rivières... La date était noté depuis plusieurs mois, pour autant, je n’étais pas certain d'y prendre part. Trop proche de mon principal objectif de l’année, le Restonica Trail en Corse (69 km et 4 000 m de D+), j’avais peur que cette course vienne perturber ma préparation. Finalement, c’est l’inverse qui m’a persuadé de m'y inscrire. J’avais besoin d’un test grandeur nature. Et pour cause !

Les premiers mois de 2025 avaient été tout sauf idéaux : une tendinite à la cheville gauche héritée du Sacré Trail de Reims en octobre 2024, suivie d’une tendinite au genou droit après le marathon des vins de la Côte Chalonnaise en mars 2025. Deux blessures coup sur coup qui m’avaient forcé à lever le pied et m’avaient laissé quelques incertitudes. Des doutes accentués par la technicité du parcours qui m'attendait en Corse.

Dans quoi me suis-je encore lancé. Ne me suis-je pas surestimé ? Ai-je le volume d'entraînement nécessaire pour un trail de cet ampleur ? Est-ce que mon corps tiendra face à une telle difficulté ?

C’est donc avec l’envie de me rassurer que j’ai finalement décidé de prendre le départ du Trail des 3 Rivières.

UN DÉPART MESURÉ MAIS DÉTERMINÉ

Levé aux aurores pour un départ de course prévu à 6h, je procède aux dernières vérifications. Matériel prêt, tenue enfilée, chaussures bien serrées, direction la ville d'Is-sur-Tille. Malgré l'appréhension et une condition physique défaillante, l'excitation est présente, et ce, comme avant chaque départ de course. Je n'ai alors qu'une seule envie : donner le meilleur de moi-même et prendre du plaisir.

5h50, la trentaine de participants se rassemble et se place derrière l'arche de départ. Chaque coureur s'observe le visage fermé. La concentration est à son paroxysme. Suite aux dernières consignes du speaker, le départ est donné !

Dès les premiers mètres, je figure étonnamment dans le groupe de tête. Nous sommes alors quatre coureurs. Les kilomètres défilent et, rapidement, je constate que l'écart avec le reste de la course se creuse. Plutôt à l'aise musculairement, je choisi de m'aligner sur l'allure du peloton afin de garder les leaders en visu. En confiance, je m'intercale quelques instants à la troisième place, puis y renonce finalement en raison d'une fréquence cardiaque plus élevée qu'à l'accoutumé. Je décide alors de lever le pied et de laisser filer les concurrents afin de ne pas craquer physiquement et de me focaliser sur ma course.

Au 8e km, je suis en 4e position.

DES ÉVÈNEMENTS ET SENTIMENTS CONTRADICTOIRES

Le 1er ravitaillement se trouve au 22e km. Sa position me permet d'évaluer l'écart avec mes poursuivants et fait naître l'espoir d'un top 10. Toutefois, je reste prudent. Un coup de chaud, une blessure, etc., une défaillance peu vite arrivée... Et c'est ce qui arriva...

Le 28e km aborde une descente au travers d'un champs. L'herbe haute ne me permet alors pas de visualiser les aspérités du terrain. Pris dans une racine, je chute. Aucune blessure à signaler, seulement une crampe au mollet droit, mais une première alerte. Rien n'est encore joué, je me dois donc de rester concentré. Après un bref étirement et des premières foulées en boitillant, je reprend le fil de la course.

La descente terminée, j'aperçois l'actuel 3e que je rattrape puis dépasse sans forcer.

À ma plus grande surprise, au 30e km, je suis en 3e position.

LA LUTTE COMMENCE

Me voilà provisoirement sur le podium. L'opportunité d'une première récompense individuelle dans la discipline est trop belle. Tandis que l'enthousiasme est à bloc, le corps lui, commence peu à peu à flancher... À partir du 33e km, les crampes deviennent plus fréquentes et la tendinite passée au genou droit refait surface, rendant chaque appui douloureux. Heureusement, le profil du parcours alterne entre fortes pentes et faux plat descendant, ce qui me permet de conserver mon avance tout en gérant l'effort et la douleur.

Éreinté physiquement, je profite des deux ravitaillements restants pour récupérer (ou plutôt me goinfrer) et échanger avec les bénévoles. Des moments de plaisirs gustatifs et de partage permettant à l'esprit d'être ailleurs le temps de quelques minutes avant de reprendre la course.

À la sortie du dernier ravitaillement, je suis toujours en 3e position.

LE MENTAL PREND LE RELAIS

56e km, la dernière heure s'est avérée particulièrement éprouvante. Totalement vidé physiquement, j'étais dans l'incapacité de garder le rythme sur plusieurs centaines mètres, contraint de marcher. Ces minutes furent propices à l'introspection. Le temps d'un instant, je suis passé par une multitude d'émotions et de souvenirs, d'abord négatifs (le doute, l'interrogation, etc.), puis positifs en me remémorant notamment les réussites passées, le chemin parcouru et en me visualisant finir sur le podium. Cette idée a fait rejaillir en moi un dernier élan, une ultime volonté, une certaine détermination et une joie personnelle indescriptible. Ces sentiments ont alors agi comme un second souffle, rétrogradant la douleur au second plan. Désormais, le corps et l'esprit sont uniquement tournés vers l’arrivée. Je cours à nouveau, plus vite que je ne l’aurais cru possible à ce stade.

UNE 3E PLACE MÉRITÉE, MAIS UNE LEÇON À RETENIR

12h15, je franchis la ligne d’arrivée en 3e position après 6h 14min et 30s d'effort. Mon premier podium ! Une performance que j’ai construite patiemment, en gérant ma course avec lucidité, malgré la douleur, les doutes et l’inconnu de cette position à l'avant de la course que je n'avais encore jamais appréhendé. J’ai mené ma barque du mieux possible, presque toujours en solitaire, et ce résultat, je peux le dire sans détour : je l’ai mérité !

Mais cette fierté s’accompagne d’une autre vérité. Trop focalisé sur le classement, sur ce podium qui semblait à portée de main, je me suis mis une pression énorme et j’ai oublié l’essentiel. Je n’ai pas pris le temps de lever la tête, de savourer les paysages, de porter attention à ce qui se passait autour de moi, les odeurs, les sons, ... tout ce qui fait la magie du trail. Le plaisir a été étouffé par l’obsession du résultat...

Et c’est là toute la leçon. Je ne suis pas un professionnel. Je cours avant tout pour le plaisir, pour la découverte, pour ces moments de partage qui font la richesse de chaque course. Oui, j’aime ce sentiment de dépassement de soi, mais il doit toujours aller de pair avec un sourire, car au fond, nous, coureurs ou traileurs, sommes privilégiés. Nous choisissons librement de prendre le départ de tel ou tel course pour souffrir dans des décors exceptionnels.

Alors, si ce podium restera une immense fierté, il doit me permettre de garder à l'esprit l'essentiel de la discipline : courir pour découvrir, partager, ressentir, savourer et s'émerveiller.

Article écrit par Adrien

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