Quand la blessure ouvre une autre voie...


De Paris à la baie du Mont Saint Michel, en passant par Chartres et Alençon : un défi à deux roues pour une préparation physique repensée...

Récit

Véloscénie

Paris → Mont Saint Michel

Il y a des projets qu'on imagine depuis longtemps, et qui finissent par s'imposer au bon moment. Rallier Paris au Mont Saint Michel en vélo via la Véloscénie était de ceux-là. Ce qui a précipité la décision ? Une douleur au pied gauche qui s'obstine, et la nécessité de trouver une façon de maintenir la préparation physique sans aggraver les choses. Le vélo étant un sport porté, sans impact, il s'est imposé comme une évidence. Il ne restait plus qu'à tracer la route.

 

La contrainte qui force à s'adapter

Le premier semestre 2026 aura été intense, peut-être un peu trop. La charge d'entraînement avait été augmentée progressivement, avec de bons résultats sur les courses et une vraie satisfaction. Mais les 24h pour l'épilepsie ont laissé des traces. Courir 142 km, même sans dénivelé, ce n'est pas anodin. Depuis cet événement, une douleur persistante sur le dessus du pied gauche, parfois accompagnée d'une sensation de pied « plat », m'empêche de reprendre pleinement la course.

Plusieurs diagnostics ont été réalisés, mais aucune certitude pour l'instant. Une IRM prévue en septembre devrait permettre d'en savoir plus, et notamment d'écarter l'hypothèse d'une fracture de fatigue (une microfissure osseuse provoquée par la répétition des impacts).

En attendant, les jours défilent et à dix semaines du départ pour la Jordanie, il n'est pas question de s'arrêter. Il convient néanmoins de repenser l’entraînement et le calendrier des courses avec intelligence.

En ce sens, j’ai du faire une croix sur la 6000D, un sacrifice nécessaire.

Quant à la préparation physique, elle s'est réorganisée autour de quatre axes : le vélo pour maintenir le cardio, le renforcement du bas du corps pour travailler l'endurance musculaire, la randonnée pour préserver la technique en montée et descente, et des exercices de mobilité et d'étirements pour réduire les raideurs.

« Tout ne se passe pas comme je l’avais imaginé. Mais c'est aussi ça l’aventure : apprendre à composer avec ce qu'on ne maîtrise pas. »

Jour 1 — Paris à Chartres – 135 km

Départ de la Gare de l'Est. Pour des raisons à la fois logistiques et pratiques, le bivouac était peu envisageable, j'ai donc opté pour des nuits chez l'habitant plutôt que l’usage de la tente comme initialement envisagée. Un choix qui s'est révélé judicieux : moins de matériel à transporter, de meilleures nuits de sommeil, et des rencontres inattendues, comme Isabelle, l'une de mes hôtes.

La première journée s'est déroulée sous de beaux auspices : passage dans la forêt de Rambouillet et détours par les quelques châteaux et églises qui sillonnent le parcours.

L'arrivée à Chartres, au pied de la cathédrale, a tout d'une évidence : ce monument impose le silence et la contemplation bien avant qu'on ait eu le temps de chercher ses mots.

 

Jour 2 — Chartres à Alençon – 156 km

L'étape intermédiaire s’est avérée plus monotone. Elle comportait des portions à travers champs et de longues lignes droites sous les bois, sans paysage marquant ou lieu d’intérêt, hormis le château de Saint-Jean et la basilique Notre-Dame d’Alençon.

Ce qui l’a rendu charmante, c’est la rencontre de Christophe, un cycliste prenant également la direction du Mont Saint Michel, avec qui j'ai partagé quelques kilomètres.

Ces rencontres fortuites sur la route ont quelque chose de particulier, d’unique : on se retrouve à parler de tout, de rien, et de l'essentiel, avec quelqu'un qu'on ne reverra probablement jamais.

Jour 3 — Alençon au Mont-Saint-Michel – 166 km

La troisième étape est la plus exigeante, la plus longue, mais c’est surtout celle qui porte la plus belle promesse.

Après des heures de pédalage à travers la forêt d'Andaine et les paysages normands, la silhouette du Mont Saint Michel finit par apparaître à l'horizon, d'abord lointaine, presque irréelle devant mes yeux ébahis, puis de plus en plus présente.

Difficile de rester insensible à ce lieu. Sa localisation atypique, sa relation à la marée qui le rend tantôt île, tantôt presqu'île, son architecture grandiose qui interroge sur les moyens déployés pour sa réalisation il y a des siècles, et cette atmosphère légendaire qui explique l'afflux ininterrompu de visiteurs du monde entier. Un moment à part, qu'on se prend à vouloir prolonger.

🚴‍♂️ 457 km

PARCOURUS

🕐 21 h

DE PÉDALAGE

📆 3 jours

DE VOYAGE

« Une localisation presque fantastique, une architecture qui inspire l’admiration, une atmosphère légendaire. Le Mont Saint Michel tient toutes ses promesses ! »

Ce que ce périple a apporté à la préparation

Au-delà de l'expérience humaine et des paysages traversés, ce défi en vélo a rempli plusieurs objectifs concrets pour la suite :

▪️habituer le corps à enchaîner les efforts sur plusieurs jours consécutifs, comme ce sera le cas sur le Marathon des Sables ;

▪️ travailler la gestion de l'eau, de l’alimentation et de la chaleur sur la durée ;

▪️maintenir une dynamique mentale de préparation, à un moment où la blessure aurait pu tout mettre en pause.

À l’approche du départ, la situation reste incertaine sur le plan physique. Mais le cap est maintenu. Je me sens en capacité de prendre le départ et d'être finisher de l'édition 2026 du Marathon des Sables. La vraie question qui reste en suspens, et qui ne se résoudra peut-être qu'en Jordanie, est de savoir si je pourrai en profiter pleinement, ou si je devrai y venir à bout, dans la résistance. Seul l’avenir nous le dira…

Article écrit par Adrien

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