Une journée pour voir autrement !


Le 20 septembre dernier se tenaient les Olympiades de l’Institut Michel Fandre (IMF), un événement venant clôturer une semaine de commémoration du bicentenaire de l’invention du braille.

Depuis le début du projet ERHR & MDS Jordanie, je partage beaucoup autour de ma préparation sportive, des courses et de la cause que je soutiens, mais je regrettais de ne pas encore avoir pu participer à une action concrète en lien avec le handicap. Ces Olympiades représentaient donc une opportunité rêvée : rencontrer des accompagnateurs, des professionnels et des personnes atteintes de déficiences visuelles, et surtout m’y confronter moi-même pour mieux comprendre leur quotidien.

L'EXPÉRIMENTATION DE LA CANNE BLANCHE

Arrivé assez tôt sur le site de l’IMF, j’ai pu prendre le temps d’aller à la rencontre de chaque intervenant.

Ma première discussion fut avec Florence, autour de la mobilité des personnes déficientes visuelles et de l’usage de la canne blanche.

Dès les premiers échanges, Florence m’a proposé une mise en situation. Privé de la vue, j’ai immédiatement réalisé la prouesse quotidienne que représente le simple fait de se déplacer tant il est difficile de quantifier une distance, d’évaluer un obstacle, ou même de savoir si l’on avance droit. Je me suis vite rendu compte à quel point les personnes voyantes sous-utilisaient leurs autres sens, notamment l’ouïe et le toucher.

Dans cet esprit, Florence m’a parlé de l’écholocalisation (technique qui consiste à émettre des sons et à écouter leur écho pour détecter des obstacles), une méthode utilisée par certaines personnes non-voyantes pour se repérer dans l’espace.

Par la suite, nos échanges ont dérivé sur la notion d’autonomie. Florence m’a expliqué qu’aider de manière excessive un enfant déficient visuel peut nuire à sa construction de l’espace. Elle m’a notamment cité le cas d’un enfant qui ignorait l’existence d’un portillon chez lui, ses parents ayant toujours pris soin de le lui ouvrir.

Puis elle m’a sensibilisé à la diversité des formes et des objets. Pour une personne non-voyante, le mot “chaise” n’a pas le même sens que pour un voyant, car une chaise peut avoir quatre pieds, ou cinq, être à roulettes, avec ou sans dossier, etc. Des déclinaisons impossibles à distinguer sans la vue, et dans le cas échéant, sans le toucher.

Enfin, nos échanges m’ont permis de prendre conscience de nombreux obstacles urbains que nous ne remarquons plus : les voitures électriques quasi silencieuses, les carrefours complexes avec des terre-pleins multiples, ou encore les zones partagées où les trottoirs ont disparu. Une réalité qui détonne avec une société qui se veut de plus en plus inclusive…

LE BRAILLE ET AUTRES SENSIBILISATIONS

J’ai ensuite échangé avec Daniel de l’association Sport et Culture (ASC), qui m’a présenté le braille et la façon dont les livres sont conçus et transcrits pour les personnes non-voyantes.

Puis, sur le stand de la MAIF, je me suis prêté à différents ateliers de sensibilisation aux déficiences visuelles, auditives et motrices. Des expériences simples permettant de mesurer concrètement la complexité du quotidien pour une personne atteinte d’un handicap sensoriel.

UNE RENCONTRE INSPIRANTE

Ma plus belle rencontre fut sans doute celle avec Musa, un coureur sur route ne disposant que d’une vision périphérique. Une personne inspirante, passionnée et d’une humilité rare, qui m’a partagé ses expériences de course et prodigué quelques conseils en vue de ma future “course à l’aveugle”. Une belle leçon de courage et de détermination.

LES OLYMPIADES

L’après-midi fut consacré aux Olympiades proprement dites : neuf équipes de cinq à six personnes s’affrontant sur plusieurs disciplines adaptées aux déficiences visuelles, à savoir :

  • le lancer de vortex,

  • la course canadienne,

  • le parcours d’obstacles,

  • le torball,

  • le cécifoot,

  • la pétanque.

Trois de ces épreuves ont été particulièrement marquantes et enseignantes.

La course canadienne, d’abord, où l’objectif est de parcourir une distance donnée le plus vite possible en tenant une corde. Un exercice paradoxal entre la perte totale de repères et l’envie d’aller vite. Une situation dans laquelle le cerveau n’est pas à l’aise, impliquant inconsciemment l’adoption d’une posture complètement inhabituelle : foulées hautes, buste en arrière, et pour ma part, une nette tendance à dévier sur la gauche !

Le parcours d’obstacles, réalisé avec Clothilde. Ce type d’expérience nécessite de développer extrêmement rapidement un lien de confiance avec son guide, pour s’en remettre totalement à lui.

Ce qui m’a le plus troublé lors du parcours, c’est la désorientation totale une fois le masque occultant retiré, la sensation provoquée par le changement de revêtement du sol et la topologie du terrain qui se révèle exacerbée.

Enfin, mon coup de cœur : le torball. Deux équipes de trois joueurs s’affrontent, chacun les yeux bandés, avec un ballon muni d’un grelot. Les attaquants doivent lancer le ballon au sol pour marquer, tandis que les défenseurs s’allongent pour le bloquer. Un sport collectif, intense, et d’une exigence sensorielle rare où chaque action est vécue de manière unique : on ne voit rien, on écoute, imagine, et ressent.

CLÔTURE ET BILAN DE LA JOURNÉE

La journée s’est achevée sur l’annonce des résultats et la remise des médailles. Notre équipe, "Les Faucheurs", termine à une belle 2ᵉ place. Une satisfaction, bien que secondaire, tant le véritable enjeu de la journée était ailleurs. Ces Olympiades ont été bien plus qu’un simple événement sportif. Elles ont permis de mettre en lumière les défis quotidiens des personnes en situation de déficience visuelle, tout en favorisant l’échange, la bienveillance et la convivialité. Une belle démonstration que le sport est un formidable vecteur de sensibilisation et d’inclusion.

Pour ma part, je repars de cette journée enrichi, touché et reconnaissant. Reconnaissant d’avoir vécu ces moments, fait de belles rencontres, et surtout d’avoir mieux compris ce que signifie “voir autrement”. Un grand merci à l’Institut Michel Fandre pour cette superbe initiative ainsi qu’aux professionnels, bénévoles et partenaires présents pour l’occasion.

Article écrit par Adrien

Newsletter

RESTEZ EN CONTACT AVEC L'ACTUALITÉ DU PROJET

Abonnez-vous à la newsletter du projet MDS des Handicaps Rares !

ME SUIVRE

© MDS des Handicaps Rares