Entre les vignes de Bourgogne et les boulevards dijonnais, un marathon marqué par l'ambition, avec au bout, un chrono irrationnel et une force mentale supplémentaire.
Routes des Grands Crus
Tentative de record personnel
Marathon (42,195 km)
Il y a quelque chose de particulier dans le marathon. Contrairement à d'autres distances, il ne se contente pas de mettre à l'épreuve la condition physique, il sonde le mental, l'ego, la lucidité, etc. Et ceux qui le courent une première fois veulent presque systématiquement le recourir pour en venir à bout, améliorer leur temps ou moins souffrir. Pour moi, c'est devenu un rendez-vous annuel, celui qui me permet de vraiment me challenger et d'évaluer ma progression.
Sauf que participer à un marathon cette année n'avait rien d'évident.
Une inscription par défaut
Après Paris et Rome, je voulais une nouvelle fois allier sport et voyage en m'inscrivant au marathon d'une capitale européenne. Mais entre les tirages au sort et l'effervescence autour de la discipline, aucun dossard n'a été décroché. D'autres alternatives existaient, la Croatie, le Maroc, Provins, etc., mais au regard d'un calendrier déjà chargé en objectifs (Trail des Tranchées, UTML, MDS Jordanie), je n'avais que trop peu de temps entre chaque échéance pour établir un vrai plan d'entraînement. Performer sur un marathon en 2026 était alors devenu secondaire. Dans ces circonstances, la meilleure des options était d'opter pour la facilité : jouer à domicile (Dijon) avec un coût d'inscription raisonnable.
L'ambition, elle, a mis plus de temps à se dessiner :
En juin, avec l'apparition de la douleur au pied, je n'y pensais plus du tout.
En août, une participation restait une hypothèse très lointaine.
En septembre, voyant l'évolution positive de la blessure, une présence sur la ligne de départ comme répétition générale pour le MDS semblait possible.
En octobre, après avoir remis de l'intensité dans les entraînements, l'envie de battre mon record personnel et de passer sous la barre des 3h est devenue un véritable objectif.
Ce chrono a une signification particulière pour moi. Il consiste à faire mieux que la personne qui m'inspire sur cette distance : mon oncle.
Toutefois, je suis lucide. J'ai conscience que maintenir un rythme de 14,1 km/h (4min15/km) pendant 42,195 km avec une préparation spécifique écourtée relève presque de l'impossible. Mais comme Napoléon Ier répondit au général Le Marois : « Ce n'est pas possible, m'écrivez-vous : cela n'est pas français. »
L'approche du départ
Une semaine avant le départ, mes pensées sont davantage tournées vers le MDS et les déplacements professionnels ne facilitent pas la mise en place de ma routine habituelle :
Réduire le volume d'entraînement
Augmenter le temps de sommeil
Consacrer davantage de temps aux étirements
Instaurer la recharge glucidique (réduction des légumes au profit des féculents)
Ce n'est qu'à trois jours du départ que je commence vraiment à me projeter sur la course, son itinéraire, sa difficulté et la stratégie à tenir. Le parcours, je le connais bien. Il propose un départ du centre-ville avant de prendre la direction du sud de Dijon puis la route des grands crus jusqu'à Chambolle-Musigny (21e km), avec un faux plat montant à l'aller et une montée relativement raide à l'arrivée du premier semi. Le retour est, lui, plus roulant, ce qui sera appréciable pour compenser la fatigue accumulée. Quant à ma stratégie, elle est relativement simple : partir sur un rythme de 14,1 km/h (4min15/km) et voir combien de temps je peux tenir cette allure.
Prêts… feu… partez !
Réveil à 6h15, petit-déjeuner habituel, quelques minutes pour un réveiller musculaire, la tenue enfilée, ... Me voilà prêt ! J'enfourche mon vélo pour rejoindre le village de la course. Après un échauffement articulaire et quelques accélérations, il est temps de prendre place sur la ligne de départ.

Contrairement aux grands marathons, aucun sas n'est mis en place pour séparer les coureurs par niveau. Ceci explique pourquoi je me retrouve étonnamment proche des coureurs élites. Au delà de l'effet de surprise, cette situation présente l'avantage de pouvoir me mettre immédiatement sur mon rythme de croisière sans à devoir zigzaguer entre les autres participants pour avoir un peu d’espace.
La montre est activée, le coup de feu est donné... et le combat de boxe contre moi-même est lancé.
1er round
Après 7 km dans la ville, nous voilà au cœur des vignes et des climats de Bourgogne. La météo est au rendez-vous et les rayons du soleil donnent aux paysages leurs plus belles couleurs d'automne.
Pour la première fois, j'ai décidé de partir sans eau, un pari risqué, mais qui me semblait jouable au regard du nombre de ravitaillements annoncés. Cependant, leur emplacement ne correspond pas à ce qui avait été annoncé par l’organisation, complexifiant la gestion de l'effort. Je m'astreins donc à saisir chaque opportunité pour attraper un verre d'eau à la volée dès que l'occasion se présente. Mais ma dextérité me fait défaut et à chaque tentative de gorgée, je manque d’avaler de travers ou de renverser le contenu sur ma tenue et mes lunettes.
Au fils des minutes, d’autres coureurs se joignent à moi. Nous formons un groupe de quatre, pour lequel je donne le tempo, ce qui m'oblige à rester concentré et régulier. De village en village, les kilomètres s'enchaînent. Je reste assidu à ma stratégie tout en profitant du moment : petits signes de remerciement aux bénévoles, tapes dans la main des enfants sur le bord de la route, pose devant chaque photographe, ... La joie d'être là se lit sur mon visage. Et cela se ressent sur mes temps de passage avec une soixantaine de secondes d'avance sur l'objectif de 3h à l’approche du 21e km.
« J'essaie de donner un côté ludique à la course. C'est un levier puissant pour faire abstraction de la difficulté et tenir mentalement. Et du mental, j'en aurai besoin. »
2e round
Le premier semi est bouclé dans les temps. Une bonne chose de faite, mais le chemin est encore long. J'aborde le retour positivement, porté par les coureurs du semi-marathon arrivant par dizaines en navette et les marathoniens encore sur l'aller que nous croisons. Certains participent à l’épreuve de façon festive, le tout en étant déguisé : Magicien d’OZ, papillon, reine Elizabeth, Les Minions, et j’en passe… J'admets avoir souri plus d'une fois à leur vue.
Notre groupe tient bon. Je me prends même au jeu d'être la voiture balai des coureurs visant les 3h. Mais au fil des kilomètres, mes compagnons commencent à accélérer. Je décide décrocher pour ne pas craquer physiquement et laisser s'envoler l'objectif. Pour être honnête, même si je l'avais voulu, j'aurais été incapable de les suivre. J'étais au seuil et les muscles commençaient à tirailler. L’allure est désormais aux alentours de 4min20/km. Heureusement, l'avance prise sur la première partie de la course permet de compenser la baisse de rythme. Je garde le cap !
3e round — K.O.
Retour dans la périphérie de Dijon. 7 km restants. Je dois l'admettre, je suis en souffrance. Le dernier ravitaillement est désormais passé, je vais devoir terminer sans eau. C'est à ce moment que je m'en veux de ne pas avoir emporté ne serait-ce qu'une petite flasque… Mais pas le temps de s'apitoyer, il faut poursuivre. Et… mon Dieu que ces boulevards en zone industrielle m'ont paru longs, sans supporter et avec peu de coureurs à qui se raccrocher…
J'aperçois le panneau du 40e km au loin. Il ne me fait aucun effet. Soif, point de côté, jambes qui ne répondent plus, le véritable combat contre moi-même commence maintenant. Tête baissée, j'avance sans prêter attention à ce qui se passe autour. Je grimace. J'essaie de remettre du rythme. Impossible. Je ralentis, pas par choix, j'y suis contraint...
Je suis rivé sur ma montre. 2h57'00"… 01"… 02"… Il reste 400 mètres. Je me parle et essaye de me persuader : « Tu ne peux pas échouer maintenant, pas après tant d'efforts ! »
Je lève la tête pour jeter un coup d'œil au chrono officiel. Encore quelques mètres... Ça y est, la ligne d'arrivée est franchie. Complètement éreinté, je me dirige vers la première barrière afin de m'y accouder et de reprendre mes esprits...
La satisfaction ultime
Le chronomètre affiche : 2h 58min 55s. Je ne réalise pas tout de suite. Mais oui, je l'ai fait !
42,195 km
parcourus
2h 58min 55s
Record personnel
29e
Place sur 1096 finishers
C'est purement personnel, mais quelle satisfaction ! Un nouvel et dernier accomplissement qui sera une force supplémentaire pour venir à bout du MDS Jordanie, cette aventure autant émerveillante qu’exigeante… Car dans quelques jours, j'aurai rendez-vous avec mon destin, dans le désert du Wadi Rum.
Article écrit par Adrien
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