Du coaching à l'arbitrage : dans les coulisses du torball...


Rencontre avec Aurore, joueuse et entraîneuse de l'équipe rémoise de torball « Le Regard au Bout des Doigts ».

Interview

Torball

Le Regard au Bout des Doigts

Après une journée passée au bord du terrain lors de la phase retour du championnat de France de torball féminin à Reims, j'avais une volonté : comprendre ce sport de l’intérieur. J'ai donc proposé à Aurore, entraîneuse et joueuse de l'équipe rémoise « Le Regard au Bout des Doigts », de revenir ensemble sur son parcours, sa vision tactique et ses projets en lien avec la discipline. Elle a accepté avec enthousiasme, avec une seule condition : que l'article serve aussi à faire connaître le sport. Mission acceptée ! 

Un club né de la volonté d'une seule personne 

L'histoire d'Aurore avec le torball commence il y a cinq ans, avec une idée simple : créer un club handisport. Elle ne savait pas encore par où commencer, jusqu'à ce que le comité handisport local lui propose une initiation au torball. 

Elle monte d'abord une équipe masculine en tant qu'entraîneuse, en septembre 2024. De son côté, elle joue à Rezé (près de Nantes), seule option du fait de l’absence de club local. Lassée des déplacements, elle rencontre une joueuse intéressée, puis convainc une coéquipière de Rezé, basée à Paris, pour monter une équipe ensemble et permettre la survie du championnat.  

Aujourd'hui, l'équipe compte quatre joueuses, un effectif permettant quelques rotations en match mais qui s’avère trop léger pour envisager la saison prochaine avec certitude. Cette fragilité en dit long sur l'état du torball féminin en France. En effet, une seule division existe chez les femmes, contrairement au championnat masculin qui en compte deux. Une différence notable d’attractivité qui s’explique notamment par un manque de visibilité auprès du grand public. 

Un entraînement pensé comme un sport collectif classique 

Loin de l'image d'un sport de niche improvisé, l'entraînement du torball suit une vraie logique de préparation physique et tactique. Aurore anime les séances elle-même, de façon hebdomadaire, avec un format bien rodé : un échauffement comprenant du renforcement musculaire, en particulier du gainage, indispensable pour bien réceptionner les balles en phase défensive, suivi d’une vingtaine de minutes de cardio. 

Viennent ensuite les exercices spécifiques : de tir pour gagner en efficacité en ciblant certaines zones du but, de défense pour apprendre à plonger en comblant les espaces vides, d’appropriation de l'espace, et de communication pour renforcer la cohésion d'équipe. Le tout se termine par des matchs.  

Ces entraînements sont parfois complétés par des stages de perfectionnement, à Nice et prochainement à Clermont-Ferrand, témoignant de l’entraide entre clubs et de l’envie de rendre le championnat plus compétitif. 

 

Plus concrètement, sur quoi repose le torball ? 

Lors de notre entretien, j’ai proposé à Aurore une définition du torball en trois principes : cohésion, orientation dans l'espace et art de duper l'adversaire, une description qu’Aurore a validé sans hésiter, insistant particulièrement sur l'importance de la communication au sein du collectif. 

🤝 La Cohésion

La cohésion se matérialise sur le terrain au travers des postes au rôle bien défini. La joueuse du centre est la meneuse. Elle récupère les ballons, souvent tirés au milieu, et les redistribue aux ailières qui se chargent de tirer. De ce fait, les ailières s’avèrent être généralement les plus adroites tireuses. Le rôle des ailières, très tourné vers le but adverse, est d’ailleurs renforcé par les règles du jeu puisque chaque balle sortie en touche leur revient. 

 

Cette cohésion passe également par la communication. Vue du bord du terrain, le torball semble être un sport d’une grande intensité mentale. Aurore confirme cette impression. Ainsi, pour gérer cette fatigue, c'est la capitaine (généralement la joueuse centrale) qui a la charge d’indiquer l’orientation du jeu adverse. Sa position lui offre naturellement une meilleure capacité à localiser l'origine du bruit, permettant ainsi de soulager les ailières. Aurore ajoute qu’il est important qu’une seule voix donne ces informations, pour éviter la discorde et assurer la coordination.  

🧭 L'orientation dans l'espace

Pour s'orienter dans l'espace et se placer correctement face au jeu, les joueuses s'appuient sur différents repères : les angles de leurs tapis, les montants de leur but et les indications sonores des coéquipières. Cette prise de repère permanente et répétée est observable à chaque phase offensive et défensive. Toutefois, Aurore en révèle d'autres, plus subtils, comme compter ses pas ou s'appuyer sur des automatismes acquis à force de répéter les mêmes gestes à l'entraînement, jusqu'à ce qu'ils deviennent instinctifs. 

 

Malgré les entraînements, l'adaptation au terrain reste un défi à chaque compétition. Un tapis plus fin ou plus épais que d'habitude, un sol qui ne renvoie pas les mêmes sensations, une salle avec un plafond haut qui influe sur la diffusion du bruit, des rebonds imprévisibles favorisant la faute, etc. Ces facteurs extérieurs varient d’un terrain à l’autre et impactent nécessairement la faculté des joueuses à s’orienter dans l’espace. Une difficulté qui s’explique également par le fait que les gymnases utilisés en entraînement et en compétition ne sont pas les mêmes et qu’ils peuvent changer d’une saison à l’autre. 

🃏L'art de la tromperie

C'est sans doute la dimension la plus fascinante du torball pour un œil extérieur. Aurore détaille les multiples façons de duper l'adversaire : multiplier les passes pour brouiller la localisation de la balle, donner l'impression d'une passe silencieuse simplement en restant immobile, ou au contraire relancer immédiatement le jeu pour surprendre l’equipe adverse non repositionnée.  

En phase offensive, les équipes disposent de huit secondes pour mettre à exécution leur stratégie, un temps suffisamment long pour semer le doute, mais assez court pour rester sous pression. 

Aurore - « Dans le Torball, le changement de rythme reste la clé. »

Une tactique rigoureuse 

Au travers des différents matchs, j’ai pu observer différentes stratégies entre les équipes, certaines optent pour des joueuses jouant exclusivement à leur poste de prédilection et d’autres pour des joueuses plus polyvalentes. Aurore ramène la question à l'essentiel : l’objectif du torball étant de marquer plus de buts que l’adversaire, la performance individuelle au tir est fondamentale. Une règle encadre d'ailleurs cette liberté tactique : chaque joueuse est autorisée à trois tirs d'affilée maximum, sous peine de faute. 

Sur le placement défensif, on observe des positions très avancées, en particulier chez la joueuse centrale, placée devant les ailières. Aurore explique qu’aucune équipe à sa connaissance ne joue collée à la ligne de but, un placement jugé trop risqué. En effet, en cas de tir arrêté mais non capté, cette position avancée permet aux joueuses défensives de réagir et d’empêcher la balle d’entrer dans le but.  

 

Le coaching, une école en soi 

Jusqu’à présent, la question du terrain a principalement été abordée mais Aurore rappelle que c’est le coaching qui a été le plus enrichissant personnellement. Gérer une équipe, c'est apprendre à motiver dans les bons moments, et surtout dans les moins bons. C'est aussi accepter qu'une faute commise sur le terrain retombe en partie sur les épaules de l'entraîneur, et qu'il faille toujours justifier ses choix, notamment sur la composition d'équipe. 

 

Cette apprentissage passe nécessairement par l’expérience acquise sur le bord du terrain. Des formations viennent en complément comme celle suivie à Nice principalement axée sur la gestion humaine : rassurer et mettre en avant les qualités de chaque joueuse pour en tirer le meilleur.

Aurore - « Le rôle de coach dépasse largement le cadre sportif. »

Une saison qui en appelle d’autres 

Avec seulement quatre équipes en compétition cette saison, le podium (3e place) perd un peu de son éclat. Aurore le reconnaît elle-même, avec une pointe de frustration. Mais l'essentiel reste ailleurs : avoir réussi, contre l'incertitude, à faire exister un championnat féminin et à organiser la phase retour grâce au soutien de la ville de Reims et de la fédération handisport. 

Pour la suite, Aurore veut continuer à s'investir dans l'arbitrage et peaufiner un projet qui sort des sentiers battus : une sorte de « Hunger Games du torball », avec des inscriptions individuelles, un tirage au sort des équipes, des matchs à thème et un système de repêchage. Une idée encore en réflexion, mais qui en dit long sur l'énergie qu'elle continue d'investir dans ce sport et sur l'envie de le faire grandir, une saison après l'autre. 

Et pour grandir, l'équipe a aussi besoin de renfort. Aurore le précise : « Le Regard au Bout des Doigts » recrute des joueuses et contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce sport n'est pas réservé aux personnes déficientes visuelles !

Pour rejoindre l'équipe ou simplement en savoir plus, elle vous invite à la contacter sur son téléphone personnel au 06 68 40 10 96.

Article écrit par Adrien avec la contribution d'Aurore

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